Shin Gi Tai : L’unité de l’esprit, de la technique et du corps – 2è partie

Dans la 1ère partie nous avons explicité la notion du « Shin (l’esprit) » et du « Gi (la technique) » nous avons aussi  survolé leurs liaisons avec le « Tai ». Aujourd’hui nous aborderons plus précisément le concept du « Tai » (le corps). Ce qui permettra de comprendre que seul le triptyque « Shin Gi Tai » peut réellement faire progresser à long terme.


Tai

Le « Tai » représente le corps, c’est le moteur du geste sans qui rien ne peut s’exprimer, ni le « Shin » ni le « Gi ». Il en est également sa structure. C’est le véhicule tout entier (moteur, habitacle, roues…). Il est primordiale d’étudier et d’éduquer son corps en profondeur dans chaque geste dans une éducation physique (renforcement musculaire, foncier, assouplissement), le placement dans l’espace, son ressenti…

Cette étude du corps est trop souvent négligée alors que sans elle, l’intention (Shin) et la manière (Gi) ne servent à rien. Vous aurez beau avoir les batteries pleines avec toute la bonne volonté du monde et être un excellent pilote, si vous conduisez une « twingo », vous ne gagnerez pas un grand prix de formule 1. Cependant, il en sera de même avec une Ferrari mal entretenue.

Le corps est le point central du geste technique, c’est votre voiture, ne le négligez jamais. Nous devons harmoniser nos gestes, ressentir la connexion de nos articulations, travailler nos posture, notre proprioception (équilibre, appuis), nos déplacements, notre espace d’évolution. Le pratiquant se doit d’être suffisamment souple et muscler tout en ayant un bon « cardio » pour effectuer des techniques efficaces et parfaitement coordonnées. Bien entendu selon le niveau de grade et d’âge les capacités ne sont pas les mêmes. L’important n’étant pas de se comparer aux autres mais simplement à soi même.

Le meilleur test est de se poser les bonnes questions : suis-je en meilleure forme qu’au début de ma pratique du Krav-Maga ? Si la réponse et oui, vous avez déjà gagné un combat contre vous-même, c’est le cas pour 90 % de nos adhérents. Si c’est non, il vous faut analyser les raisons : Ce peut-être -et ce serait une excellente réponse- car vous étiez déjà un athlète. Cependant la réponse « non » est plus souvent due aux : blessure, maladie, âge (notion très relative, nous avons un ceinture marron « exceptionnel » de 72 ans plus en forme que certains de 30 ans), manque d’entraînement, manque de motivation, entraînement spécifique sur le physique absent ou non adéquat… ?

C’est pour cela que nous avons toujours conseillé à nos élèves d’ajouter une partie physique en plus des cours.

Peu d’instructeurs le mettent en avant, ont-ils cette exigence envers eux-mêmes ? Corinne Rosier et Raymond Gros s’entraînent tous les matins 2,5 à 3,5 heures (dont au moins la moitié en physique) en plus des cours chaque soir. On ne peut comparer un entraînement de professionnels à celui d’amateurs.

Cependant en faisant un simple parallèle, si vous êtes débutant ou intermédiaire (blanche, jaune, orange, verte) et vous vous entraînez ne serait-ce qu’une fois par semaine, il serait raisonnable d’avoir une autre fois par semaine une 2e activité physique à base de renforcement musculaire, de foncier et d’assouplissement. Cela avec humilité, la difficulté étant alors de ne pas vouloir en faire trop et dépasser ses propres capacités du moment, ce qui entraînerait des blessures.

Nous avons déjà écrit des chroniques décrivant des exemples d’entraînements. Ce peut-être, ne serait-ce qu’une demi-heure (plus si vous le pouvez bien sûr). La logique reste la même lorsque vous montez en grade ou en intensité d’entraînement, en maintenant une proportion de 50 à 70 % de Krav-Maga et de 30 à 50 % de physique (Tai). Vous pouvez ainsi faire 2 cours de Krav pour un entraînement physique supplémentaire ; ou pour les perfectionnistes qui en ont la possibilité : 3 ou 4 cours de Krav pour 2 ou 3 entraînements physiques supplémentaires.

Beaucoup de traditionalistes prônent que tout peut ou doit se faire dans un même cours, mais peuvent-ils le prouver par l’exemple ? Quand Corinne ou Raymond font avec le sourire un grand écart, un coup de pied retourné visage, une longue série de pompes, de fessiers ou d’abdos, ce n’est plus de la théorie c’est un exemple pour un enfant, un ado, un adulte, homme ou femme de tous âges de 7, 27 ou 57 ans…

Souplesse, renforcement musculaire et cardio

 

Cet exemple ne doit être exprimé par l’enseignant que de temps en temps car s’il donne un cours, il ne le fait pas pour s’entraîner mais pour vous entraîner. Cependant s’il n’est pas capable de le montrer à un moment ou à un autre, cela revient à l’antithèse de notre école. Pour notre part nous nous attachons toujours et encore à « dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit». Même si cette assertion semble désuète pour beaucoup, dans de nombreux domaines, arts martiaux compris. Elle est primordiale au sein de notre école Team R.G

La pratique pour la pratique ne suffit pas sur le long terme. L’intention, la technique et le corps, sont tous les trois une unité, chacun dépendant totalement de l’autre. 

 

Shin Gi Tai : Un tout indissociable

La notion de Shin Gi Tai  fait le lien permanent entre technique, corps et esprit. Elle signifie que l’esprit (Shin) s’exprime au travers du corps (Tai) par la technique (Gi). Certain en déduisent que « c’est donc en travaillant la technique sans relâche que le Budoka va éduquer à la fois son corps et son esprit. » Cette assertion posera ses limites aux travers de blessures ou de l’âge. Pour notre part, nous nous référerons à des exemples comme maître Mochizuki (+ haut gradé d’arts martiaux en France, ceinture noire 10e dan de Yoseikan Budo) qui, à 83 ans, continue chaque matin d’effectuer un réveil musculaire d’une heure avec assouplissements et haltères et perfectionne chaque soir, durant 1 à 2 H, les techniques avec ses élèves. Auparavant, pour lui, l’intensité était bien entendu plus importante, mais quoi qu’il en soit c’est la continuité qui fait la profondeur du résultat.

 

Shin Gi Tai, est le pendant oriental et martial de la locution latine « Men sana in corpore sano » de Juvénal, « un esprit sain dans un corps sain » que l’on cite souvent en exemple au sein du Team R.G.

 

Shin Gi Tai, s’additionne pour que la boucle soit bouclée, cela forme un tout qui tourne à l’infini sur lui-même. Notre esprit s’exprime au travers de notre corps par notre technique, ainsi notre propre corps est la représentation visible de notre pensée. En  négligeant son corps (Tai), la technique sera dégradée et la motivation diminuera.

Boucle de l’infini

 

Le Shin Gi Tai est la notion primordiale et fondamentale de notre école « Krav-Maga Team R.G » comme dans tout art martial. Il représente le travail de fond dont on vous parle souvent ; le travail de forme se trouvant uniquement sur un point, ou au mieux 2 points : la technique ou les qualités physiques. Un exemple au niveau du Team R.G peut se donner sur nos stages : l’organisation est principalement sur la forme (la partie visible de l’iceberg), en revanche la pédagogie et la technique sont le fond (la partie immergée de l’iceberg). Le Shin Gi Tai est là encore indispensable à ce niveau.

 

Ecrit Par Raymond Gros